Rock est mooooort !! -épisode 1 fin-

Rock est mooooort !! -épisode 1 fin-
Au début, il n'était que ombre. Au début, il n'était que ténèbre. Comme à chaque fois qu'il venait prendre un petit peu de moi. Puis, comme toute les autres fois, son corps se matérialisa, devint consistant, dégoût constant dans cette réalité conspuante, image moins trouble mais troublante de celui qui comme à chaque fois venait prendre un petit peu de moi . Il avança d'un pas à la lumière. Il était entièrement nu. Voyant mon désarroi, il se fendit d'un large sourire. Ses deux canines vampiriques étincelèrent -Ici gira ton corps sans vie, flétri et pourri-.
-Tu es à moi !
J'étais à lui, j'étais fini. J'étais seul, mon lit mon linceul. Il avait faim, terriblement faim. Ça se voyait à la lueur de folie pure dans ses yeux, la faim le brûlait de l'intérieur, et ma vie apaiserait le feu qui le consumait Il allait me prendre, me violer moi, mon corps et mon âme, et me souiller. Il allait me tuer.
Il s'avança...

Un froid morbide me pénétra, se propagea en moi, dans chacun des recoins, annihilant la moindre trace de vie, la moindre envie de vivre. Je me mis à hurler, hurler, hurler, à l'infini. Mon corps tremblait, mon coeur tombait. En lambeaux , en poussière , en cendres. Petit à petit sans vie, froid, bleu, mort. -Dans le chaos, dans ta chair, en cendres.- Petit à petit sans vie, ça sera bientôt fini.

Il se retira, et me laissa seul, vide, sans âme. En lambeaux, en poussières, en cendres. Mort.

# Posté le jeudi 29 mars 2007 13:04

Je confesse mes péchés: j'ai tué

Je confesse mes péchés: j'ai tué
Et voilà qu'aujourd'hui, j'ai le couteau à la main. J'ai bravé la torpille, le canon, les mines, le feu, les gaz, les mitrailleuses et toute la machinerie anonyme, démoniaque, systématique, aveugle. Je vais braver l'homme. Mon semblable. Un singe. Oeil pour oeil, dent pour dent. A nous deux maintenant. A coups de poing, à coups de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J'ai tué le Boche. J'étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J'ai frappé le premier. J'ai le sens de la réalité, moi, poète. J'ai agi. J'ai tué. Comme celui qui veut vivre.


Blaise Cendrars -J'ai tué-


----} comment ça l'image a pas rand choz à voir avec le texte ?
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 12 mars 2007 14:15

J'aurais pu faire pire, j'aurais pu le faire sans alibi. ;)

"La belle et la bête"


Elle est morte la belle,
Egorgée, la donzelle
Arrogante, elle a goûtée à ma lame tranchante
Etonnée, quand je l'ai tailladée
Gémissante, quand elle s'est vue impuissante
Eperdue, quand son sang s'est répandue
Suppliante, quand elle s'est vue mourante
Maintenant froide et bleue, plus de lueur dans ses yeux

Elle est morte la belle,
Egorgée, la donzelle
Elle n'avait qu'à m'aimer
Cette salope, cette traînée...

La belle est la bête de mon coeur
Replongée dans un sommeil éternel
Au bois dormant gît la belle
Et la bête de mon coeur

Elle est morte la belle,
Egorgée, la donzelle
Elle est morte la belle,
Elle est morte... morte...



----> Ce poème m'a été inspiré par un article de Nélène sur http://ailes-
---->haine.skyblog.com/ , nalé voir c'est super son blog !
J'aurais pu faire pire, j'aurais pu le faire sans alibi. ;)

# Posté le mardi 20 février 2007 15:57

Ecriture d'invention BAC blanc

Mon cher et tendre ami,

Je comprends pourquoi tu te refuses à raconter ce qui t'es arrivé dans ce camp, le cauchemar et le calvaire que tu y as vécus, comment ta vie s'est arrêtée après. Pendant cet événement tragique, tu as perdu ta femme, ta fille et tes parents. Je comprends donc parfaitement pourquoi tu ne veux pas faire resurgir ces douloureux souvenirs que tu as enfouis au plus profond de toi. Je comprends pourquoi tu ne veux pas revivre ça en ravivant ta mémoire. Je comprends pourquoi tu ne veux pas affliger davantage ton coeur déjà trop meurtri.

Et pourtant, si je t'écris aujourd'hui, c'est pour t'inciter à entreprendre ce récit. Tu t'es tu trop longtemps, maintenant il faut raconter. Il faut raconter l'horreur des camps où les gens mouraient par centaines chaque jour dans l'indifférence la plus totale. Il faut raconter les travaux forcés, où on avait décidé de briser les hommes physiquement, les épuisant sans relâche jusqu'à ce que mort s'en suive. Il faut raconter la vie qui n'en était pas une dans ces camps, où on en venait parfois nous-même à espérer la mort, plutôt que de continuer à être humilés chaque seconde, à être traités pire que des porcs, à être traînés dans la boue, au sens propre comme au figuré. Il faut raconter le désespoir qui nous envahissait quand on voyait s'élever la fumée noire du crématoire, quand l'odeur de chair brûlée nous parvenait, sachant pertinemment ce qui s'y passait et sachant qu'un jour c'était nous qui allions y passer. Il faut raconter la peur qui nous dévorait le ventre quand les Allemands citaient des noms pour prendre une douche où l'eau se changeait en gaz. Il faut raconter combien de gens sont morts dans ces camps, sans raison, pour le simple crime d'avoir été juifs, tziganes, homosexuels ou attardés mentaux. Il faut le raconter pour eux et pour leur mémoire.
Tu t'es tu trop longtemps, maintenant il faut raconter. Il faut raconter comment toi et ta famille, on vous a embarqués de force, sans aucune explication, comment on vous a mis dans les trains, à grand renfort d'injures et de coups. Il faut raconter combien vous étiez trop nombreux par wagon, vous piétinant les uns les autres, cherchant le moindre petit trou pour respirer un peu d'air frais mais vous asphyxiant quand même à petit feu. Il faut raconter comment après un trajet interminable et épouvantable, on vous a séparé, toi, tes parents, ta femme et ton enfant. Il faut raconter comment on t'a entaillé le corps et le coeur. Il faut raconter comment ils ont décimé ta famille et celles de centaines d'autres comme toi et moi. Il faut raconter comment ils t'ont privé d'un sens à ta vie. Pour la mémoire de tes parents que tu respectais, pour la mémoire de ta femme que tu chérissais, pour la mémoire de ta fille que tu adorais, il faut le raconter.

Tu t'es tu trop longtemps, maintenant il faut raconter. Et tant pis si tu déformes la réalité, si ton style n'est pas parfait, si les images se brouillent et que la tristesse reste. Il est temps de témoigner, pour que les gens sachent et n'oublient pas, et pour que cela ne se reproduise plus jamais. Il est temps de témoigner peut-être aussi pour t'alléger de ce mal qui te pèse, de cette tristesse qui t'écrase et t'étouffe, pour te libérer, pour extérioriser. Oui, il est temps de témoigner.

Tu t'es tu trop longtemps mon ami, maintenant il faut raconter.
Ecris.

Jorge

# Posté le vendredi 09 février 2007 13:34

Cas de folie circulaire

"Crier"

Le panaris est une souffrance atroce. Mais ce qui me faisait souffrir le plus, c'était que je ne pouvais crier. Car j'étais à l'hôtel. La nuit venait de tomber et ma chambre était prise entre deux autres où l'on dormait.
Alors je me mis à sortir de mon crâne des grosses caisses, des cuivres, et un instrument qui résonnait plus que des orgues. Et profitant de la force prodigieuse que me donnait la fièvre, j'en fis un orchestre assourdissant. Tout tremblait de vibrations.

Alors, enfin assuré que dans ce tulmute ma voix ne serait pas entendue, je me mis à hurler, à hurler pendant des heures, et parvins à me soulager petit à petit.


Henri Michaux, La nuit remue, 1935



"Rien"

J'aime passer mes journées à ne rien faire, je ne peux rien n'y faire. Laisser faire les choses, et si rien ne vient, si rien ne m'arrive, ce n'est pas plus mal. Je ne tente rien à rien, je ne tente rien et n'ai rien, mais qui ne tente rien ne risque rien non plus. Alors je reste là, reste las, allongé dans mon lit, et laisse le monde tourner autour de moi, comme si de rien n'était. J'entends mes muscles en continuel repos me souffler un "merci". Ah, qu'il est bon de ne rien faire ! Néant moins, si seulement mon cerveau, ce trouble-sièste, avait un bouton, là au milieu du front, pour le mettre en pause ! Oh bien sûr au début ce n'est rien, mais en un rien de temps, mon esprit fait des siennes, fait des vagues, divague, vacille, défaille et déraille, est entraîné dans une course folle où mes pensées s'affolent, se croisent, s'entrechoquent, s'entremêlent, s'unissent, se multiplient pour repartir de plus belle, et mine de rien l'air de rien, ne rien faire, c'est épuisant. Et ceci à cause de ma tête ! Du coup, j'ai l'impression de gâcher ma journée à ne pas réussir ce que je veux, j'ai l'impression de faire ça pour rien, de ne rien faire pour finalement rien.
Tout comme ceci, tous ces mots qui ne riment à rien et qui font beaucoup de bruit pour rien. Mais comme je suis censé ne rien faire, autant me taire.

Moi-même

# Posté le dimanche 17 décembre 2006 09:48